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PARIS 9e - Le musée Nissim de Camondo

Ce n’est pas à proprement parlé “un musée” comme on pourrait l'imaginer mais plutÔt un voyage dans le siècle des Lumières, histoire de remonter le temps la durée d'une visite et quelle visite ! 

 

IMG_1581.JPGCôté face et côté pile…

 

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C'est surtout la reconstitution d’une demeure 18e siècle voulue par le comte Moïse de Camondo pour y installer sa collection  essentiellement 18e siècle, celui des Lumières, amis de son grand-père.

Sous ses airs passéistes se cache une modernité comme on la connaissait au début du siècle dernier. Une vertigineuse remontée dans le passé. 

 

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Nissim de Camondo, son fils Moïse et son neveu Isaac

 

Il fut construit de 1911 à 1913 par René Sergent architecte en remplacement de la demeure du père du comte, Nissim, qui pour le fils était imparfaite pour accueillir ses trésors et aussi pour pouvoir bénéficier du confort ultra moderne de l’époque, chauffage à air filtré et pulsé, ascenseur à air comprimé, système de nettoyage par le vide, corniches lumineuses, salles de bain hygièniques.
Les façades sont inspirées du Petit Trianon à Versailles et les appartements lambrissés de boiseries du 18e. Le plan que dresse Sergent dissocie le privé, le public et le service domestique répondant ainsi aux règles d’habitation en cours, on ne se mélangeait pas, le vivre ensemble était une hérésie, sans être méchant, on connaissait l'essentiel.
Les visiteurs sont rares et tant mieux, ainsi sur trois niveaux on peut admirer tranquillement la passion d’un homme pour l’art français aussi bien meubles, décor, objets, tableaux enfin tout ce qui fait la résidence d’un aristocrate parisien au 18e.

 

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Une merveilleuse visite, qui commence dans un immense vestibule de plain pied sur la cour d’honneur ou donne la remise aux automobiles dont le comte était un passionné. Maintenant vide, elle sert de cadre aux réceptions et organisations de toutes sortes. Dans l'immense vestibule, trône un imposant bureau en acajou de Riesner qui donne le ton pour la suite de la visite.

 

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Au res-de-chaussée, on trouve les piéces réservées au service  côté jardin où elles sont à demi enterrées. C’est la partie “cuisine” qui est spectaculaire, composée de quatre pièces — et oui rien que çà — pour entreposer, conserver, cuisiner, laver avec des installations très innovantes pour l’époque.

 

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Le comte était un fin gourmet, adorait recevoir famille et amis. Il faut le préciser, si la demeure est une reconstitution, c’est aussi un lieu de vie et de travail car le comte y habitait et travaillait (enfin, il n'allait pas au bureau tous les matins) avec sa femme Irène Cahen et ses deux enfants ; Nissim(1) et Béatrice(2).

  

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Par le superbe escalier en volutes à la rampe au délicat travail de fer forgé on accède à l’étage supérieur composé de deux salons et d’une salle à manger avec leurs dépendances ouvertes sur le jardin dessiné par le paysagiste renommé Achille Duchêne. Un décor très sobre constitué seulement d’une immense pelouse et de quelques buis s’accordant à merveille avec la façade.

 

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Nous pénétrons d’abord dans le grand salon aux boiseries blanches et or somptueuses harmonies qui occupe un des angles de l’étage et sert d’écrin aux nombreux chefs-d’œuvre que Monsieur le comte a accroché, disposé ; on peut voir mille merveilles, commodes, bonheurs du jour, sièges de Jacob, précieux guéridons, tableaux de Vigée Lebrun, buste de Houdon, vases en bois pétrifiés ayant appartenu à Marie-Antoinette composent un décor raffiné.

 

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Jouxtant au grand salon, le salon des Huet de forme ovale conçu pour les panneaux peints par Huet représentant différentes scènes champêtres, du bleu en petites touches apporté par le tapis de la Savonnerie, un paravent du salon des jeux de Louis XVI à Versailles parachèvent ce décor fabuleux. On remarque dans la succession des pièces le goût de Moîse pour la symétrie et l’équilibre ; impéfatifs de l'art du 18e siècle ;  ce qui procure à l’ensemble une légèreté spatiale dûe à la taille des pièces mais aussi à cette manière parfaite de les aménager. Une porte donne accès à un petit cabinet spécialement aménagé par monsieur le comte pour y présenter sa poétique collection de porcelaines, rien que trois service Buffon et quelques belles porcelaines de Chantilly. Moîse y prenait ses repas lorsqu’il était seul.

 

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Toujours au même niveau, le grand bureau, impressionnant par sa taille tout en nuance de bleu et de chêne. Des tapisseries d'Aubusson sur les murs racontant les fables de La Fontaine, pour le comte, un grand secrétaire à cylindres, des fauteuils à profusion et des candélabres à gogo. Une belle bacchante de la non moins belle madame Vigée-Lebrun pour égayer le sérieux du lieu.

 

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A l'opposé du grand salon, dans l'autre angle, la salle à manger aux superbes boiseries vert tendre dans lesquelles sont incorporés des panneaux de broderies au petit point, un décor champêtre gracieux tout en finesse. Au centre une grande table à rallonges, Une nappe immaculée, de la porcelaine et du cristal n'attendent plus que les invités pour un grand dîner. Tout autour une profusion bien ordonnée de consoles-dessertes, d'élégantes petites tables-servantes et de sublimes pièces en argent massif, un peu partout des candélabres pour la jouer romantique.

 

 

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L'office, tout à côté, est une pièce très intéressante. C’est ici que le maître d’hôtel réceptionnait les plats en provenance de la cuisine par le monte charge. Un chauffe plats, une glacière dissimulée dans un buffet permettait de conserver au froid les sorbets et desserts.

 

 

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C’est ici, aussi qu’on rangeait la vaisselle de porcelaine et les verres, on lavait le tout dans le double évier en étain, on remarque aussi un drôle d’objet : un stérilisateur à ozone pour purifier l’air, eh oui ! en ces temps-là on prenait soin aussi du petit personnel !

 

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Pour finir, la pièce que je préfère, le petit bureau, enfin, petit, faut vite le dire. J'adore les murs tendus de soie rouge cramoisi, ici tout respire le raffinement et l'élégance sans ostentation. Sur les murs, un des divertissements favori de Monsieur comme de Louis XV,  des esquisses de chasses de Oudry qui font amis-amis avec des vues de Venise par Guardi. Une surprenante galerie de portraits en médaillons de terre cuite aux profils typiquement 18e. Un beau mobilier de bois clair dont une célèbre table à ouvrage ou Marie-Antoinette y rangeait sa petite couture au château de Saint-Cloud loin de ses moutons. Une atmosphère calme, appaisante avec la vue sur le jardin et le parc de Monceau.

 

 

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Pour desservir  toutes les pièces, une belle galerie aux deux ailes. Çà et là, de beaux fauteuils, et encore sur les murs toujours des tapisseries d'Aubusson racontant de belles histoires de chinois. 
A l’étage au-dessus, une grande pièce lumineuse, le salon bleu, réunion de la chambre et du boudoir de Béatrice la fille. Plus contemporaine par son agencement et décor. De belles boiseries aux couleurs passées et qui furent bleu canard, des meubles élégants et confortables et sur les murs une série de tableaux sur Paris côtoient des aquarelles de Jongkind, un cadeau de son cousin Isaac, musicien mais aussi  grand collectionneur d'art japonais et  grand défenseur des impressionnistes, copain avec Monet et collectionnant les œuvres de Degas.

 

 

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La fille Béatrice et le fils Nissim.


Pas très loin, une bibliothèque en rotonde, occupe le centre des appartements privés d’où la vue s’étend sur le parc Monceau. Encore de belles boiseries en chêne sculptées donnent à la pièce une atmosphère chaleureuse. C’est ici que le comte consultait ses catalogues de ventes et de périodiques qu’il faisait relier en maroquin rouge.

 

 

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Ensuite la chambre du fils qui à l'origine était son bureau. Un lit en acier et bronze surmonté du portrait de son grand-père le comte Nissim de Camondo peint par Carolus Duran en 1882. Des tableaux du début du 19e sur la chasse et l’équitation que la famille de Camondo pratiquait avec passion Sur un meuble, une statuette équestre représentant sa sœur Béatrice, une cavalière de haut niveau.

 

 

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La pièce qui jouxte, était la chambre de Nisssim. Toute de rouge tendue elle présente des exposition temporaires sous forme de dossier. Une salle de bain et une pièce d’habillage complètent l’appartement.

Une petite parenthèse sur les salles de bain qui étaient pour l’époque une curiosité. Trois salles de bain assez semblables à celles des grands palaces, pratiques mais sans effets décoratifs ni matériaux luxueux, assez masculines au carrelage blanc et bleu, aux robinetteries nickelées, aux baignoires en grès émaillé avec séchoir pour serviettes et surtout de grande taille à côté de certaines d'aujourd'hui qui font figure de mouchoir de poche, comme on dit.

 

 

 

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Et pour finir la visite, la chambre du père composée elle aussi de trois pièces ; la chambre proprement dite, aux boiseries provenant d’une maison du cours du Chapeau-rouge à Bordeaux, dans une alcove un splendide lit à trois chevets sculptés du 18e siècle, au-dessus un nu trés sensuel qui devait donner au comte de drôles de rêves. Sur les murs, des scènes de genre et des portraits, de très beaux fauteuils de Jacob et un tapis de la Savonnerie.

 

 

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La pièce contiguë, est celle ou le valet de chambre apportait au comte ses vêtements pour la journée, maintenant elle est consacrée à son souvenir avec l'histoire de sa famille.
Différents portraits, des albums et documents racontent sa vie, celle de ses enfants et sa passion pour sa collection.
Dans une pièce, une vidéo parle en détails de la vie du comte, ses origines, son parcours et sa famille.
Le comte Moîse de Camondo meurt en 1935 en léguant à l’Etat français et plus spécialement aux Arts décoratifs le contenu et le contenant de son hôtel en souvenir de son fils Nissim, ayant réalisé son rêve et son œuvre.

 

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Pour le mot de la fin nous revenons au présent, bien sûr nous avons des architectes talentueux, des mécènes et des collectionneurs avisés, mais on ne trouve nulle part, cette passion avec un zeste de folie menée toute une vie à faire revivre un passé glorieux et prestigieux enfui à tout jamais. 

L'hôtel et le jardin ont servi de décors pour pas mal de films, Valmont, Da Vinci Code, Lautrec.

Pour ceux qui voudraient connaître la véritable histoire de cette famille lire "Le dernier des Camondo" de Pierre Assouline, un voyage époustouflant à travers l'Europe du 19e et 20e sècle.
Une merveille figée pour l'éternité.

(1) Nissim de Camondo (1892-1917) tué en combat aérien.
(2) Béatrice de Camondo (1894-1945) Avec son mari et ses enfants disparaît à Auswitch.

 


13/04/2016
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