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MONTPELLIER - Musée Fabre

Il y a des musées qui vous insufflent
des bouffées d'oxygène et d'évasion, vous procurent des frissons de bonheur .
Le musée Fabre en est une merveilleuse démonstration tout près et si loin de la foule dans un décor revisité ou le 18e siècle fait ami-ami avec le contemporain. 

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 Il était une fois… 1824, un certain baron François-Xavier Fabre peintre et collectionneur de retour d'Italie fait don à la ville de ses collections mais avec l'obligation qu'elles soient abritées et mises en valeur dans un musée et qu'il en soit le conservateur.

 

 

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Le baron et le marquis. Le collège des jésuites.

 

Qu'à cela ne tienne, le maire de l'époque, le marquis de Dax d'Axat  amateur d'art comme Fabre et de surcroît amis fait voter le projet qui aboutira au choix de l'hôtel de Massilian en 1825. Des travaux sont entrepris dont la grande galerie, à l'hôtel, on ajoute le collège des jésuites du 17e siècle donnant sur l'esplanade et en 1828 on peut enfin l'inauguré. C'est le musée le plus important de la région, il attire un très grand nombre de visiteurs 60 000, chiffre énorme pour l'époque et il le mérite !

 

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Atelier de David et ses autoprotraits.

 

 Pour en revenir à la fameuse collection du baron, elle est considérable, constituée de tableaux et dessins des périodes classique et néo-classique acquis et donnés au grès de ses envies et de son séjour italien. Le baron a suivi les cours de l'école de dessin de la Société des beaux arts de la ville puis est entré dans l'atelier de David pour au final obtenir le prix de Rome en 1787, belle consécration pour l'artiste qui passa la plus grande partie de sa carrière en Italie. Il est l'un des artistes de l'époque profondément imprégné par les "classiques" et aussi par le retour à l'antique. C'est aussi un créateur qui échappe à l'emphase  du néoclassicisme par un travail délicat et apaisant tournant autour de scènes bucoliques ou de portraits observés d'une manière très personnelle. Il reste l'un des grands maîtres de l'époque en dehors des grandes tendances. Un dernier mot sur le baron qui eut quand même une vie privée assez tumultueuse de par son amitié, si l'on peut dire amoureuse avec la comtesse d'Albany dont le mari prétendant à la couronne d'Angleterre fut un presque un royal cocu.

 

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La comtesse et le comte peints par Fabre.

 

La belle comtesse s'était enfui avec Vittorio Amedo Alfieri, un comte,  poéte, philosophe  et auteur de théâtre, manque de bol l'idylle tourna court, le comte se tira au paradis ou en enfer, allez savoir ! A la mort de la comtesse, le baron fait son come back dans sa ville natale apportant dans ses bagages les collections de la comtesse, la suite on la connaît !

 

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Courbet et Bruyas.

 

Au fil des années Fabre fait des émules et le fond muséal prends de l'importance avec le leg  d'Antoine Valedau de sa collection de maîtres flamands et hollandais, puis c'est au tour d'Alfred Bruyas avec des toiles contemporaines de Courbet, Delacroix et Cabanel ce dernier offrant à la ville une de ses toiles. Bazille l'enfant du pays mais aussi un précurseur impressionniste y est très représenté avec une salle qui lui est consacrée, une donation de sa famille. Viens s'ajouter des prêts des musée du Louvre, d'Orsay et du MAM de Paris.

 

 

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A la suite de la rénovation du musée qui s'est effectuée de 2003 à 2007, Soulages à offert une vingtaine de ses œuvres allant de 2005 à aujourd'hui. Lui aussi a le bénéfice d'un appartement privé construit spécialement pour lui!

 

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Germaine Richier et autoportrait.

 

Pas mal d'artistes languedociens aussi bien sculpteurs que peintres sont présents. Germaine Richier qui fit ses études aux beaux arts de la ville et qui y est morte en 1959 connue mondialement pour son style très particulier fait d'angles donnant à ses œuvres un air déchiré et déformé. Maillol qu'on ne présente plus fait parti du lot avec quelques belles éparpillées dans les salles sans oublier les enfants terribles  du pays, les gars du groupe Supports/surfaces, Viallat et ses potes.

 

 

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Les parties blanches sont les constructions récentes.

 

En prenant de la bouteille si l'on peut dire, le musée devient trop petit avec ses 3000 m2, ses 1800 tableaux, 4000 dessins et 1500 gravures, sans compter les centaines de sculptures, et puis les modes changent, le public veut des espaces plus grands et plus clairs et une autre scénographie plus aérée s'impose. C'est en 2003, pour une fermeture de quatre ans,  que l'agrandissement de l'espace va être porté  à 9000 m2 en abattant un bâtiment du collège sur le devant de l'esplanade et d'autres intérieurs, la bibliothèque va déménager et  une nouvelle aile dédiée à la peinture contemporaine va émerger. La transformation est confiée à deux cabinets d'architectes, l'un bordelais, l'autre de la ville. Les décors du 19e sont remis en valeur dont le grand escalier dessinné par Fabre, son appartement privé et la salle des Griffons avec sa célèbre frise néo-étrusque.

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Quand le visiteur s'approche, c'est par une belle perspective  qu'il pénétre dans l'hôtel de Massilian. Le hall d'entrée se trouve maintenant en sous-sol décoré par une magnifque mosaïque de Buren.

 

 

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Ici, c'est "l'ancien" du rez-de-chaussée au deuxième étage avec trois grands ensembles thématiques. Tout d'abord les hollandais et flamands des 17e et 18e, puis la peinture et la sculpture européenne du 15e au 18e siècle et pour le final, le néoclassique du 18e à la fin du 19e siècle. Vous avez tout compris? alors suivez-moi !

 

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Au rez-de-chaussée, on se balade en admirant Brueghel père et fils, Rubens, Daniel Seghers, Cornelis De Heem, Huysmans tandis que les tableaux plus intimistes de David Teniers nous font entrer dans l'intimité quotidienne de l'époque. Plus loin, Gérard Dou, élève du grand Rembrandt avec de délicieux petits formats à l'extrême minutie dans les détails fait copain-copain avec Gérard Ter Bosch, pour les paysages on a le choix entre Potter, Ruisdael et Wouwerman. 

 

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Tout au long des salles suivantes, Steen, Mieris, Metsu ou encore Van Ostade, avec leurs scènes d'intérieurs mais aussi des paysages, des scènes animalières et guerrières, des natures mortes  et des paysages en veux tu en voilà. Les peintures de Hondius, Weenix, Van der Tempel et Wouwerman de par leur magnificience et leur format  annoncent  l’art rococo si cher au 18e siècle européen.

Le vestibule Massilian ancienne entrée de l'hôtel du temps de Fabre est le point final du parcours de la peinture hollandaise du 17e siècle. 

L'immense cour intérieure  distribuant les salles porte le nom de Germaine Richier et sert d'écrin aux sculptures contemporaines.

 

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On grimpe au premier étage par le somptueux escalier Béroud et surtout on ne  rate pas les trois grandes salles. La première, l'étonnante  galerie des Griffons a retrouvé son décor d'époque. Elle accueille le 17e français et italien avec Pretti, Ribera mais aussi Poussin et Bourdon. Jouxtant la galerie, un vestibule abrite dans un décor précieux des petits formats d'œuvres religieuses mais aussi quelques portraits du début du 16e faisant le lien entre manièrisme et classique avec la deuxième grande salle du Jeu de paume.

 

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Quelques splendides chefs-d'œuvre du 14e au 16e siècle, les italiens Ghirlandaio et ses portraits, Rimini et ses scènes religieuses, Veronèse, Cousin le français. et Kempener le flamand. La salle suivante  rend  hommage aux artistes locaux, plutôt portraitistes avec Rigaud de Largilière et Jean Raoux dont la salle porte son nom.

 

 
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Les anciens appartements de Fabre avec ses salons et sa chambre à coucher servent d'écrin aux œuvres du 17e siècle qu'il soit français ou italien, les paysages de Napoletano, les portraits de Bernin et les scènes religieuses tout ce beau monde fait bon ménage. Un magnifique Zurbaran, Sainte Agathe devant lequel je suis tombée en extase ! Son ancien cabinet de travail met à la disposition du public des bornes interactives ainsi que la documentation sur sa vie et son œuvre.

 

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Encore quelques marches pour la salle des Colonnes, c'est la grande peinture française du 17e et 18e siècle  dans tous ses éclats ! Oudry, Restou et bien sûr Fabre nous donnent une belle démonstration du monumental. Quelques pas, le néoclassicisme en vedette avec 5 toiles de David, Vien et Vincent tous deux enfants du pays, avec des sujets antiques chers à l'époque. On a aussi droit au néoclassicisme dans la plus pure tradition avec allégories, histoires et mythologies  de Vien, Vincent, Lagrenée, Suvée et bien évidemment Fabre. Les sculptures de Houdon apportent un peu de légéreté à l'ensemble.

 

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Voilà pour l'ancien et c'est déjà beaucoup à voir, à observer les détails, à revenir sur ses pas, à grimper et descendre les escaliers !

 

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Pour l'art du 19e, le romantisme et le classicisme c'est dans l'ancien collège des jésuites qu'il faut se rendre, c'est toujours au premier étage, on continue la visite avec Delacroix, des œuvres orientalistes, entouré par des figures du romantisme Huet et Géricault. Par la galerie Bruyas, Ingres nous accueille pour un cours magistral d'anatomie avec des dessins époustouflants de précision.

 

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Pour le moderne, on redescend au rez-de-chaussée avec la grande salle d'exposition temporaire faisant partie de l'ensemble des bâtiments construits en 2003, actuellement Une magnifique rétrospective sur Viallat. toujours dans le coin, une belle salle dédiée à la peinture abstraite de 1945 à nos jours avec Hantaï et pas mal d'œuvres du groupe Supports-Surface dont à fait parti Viallat aux origines languedeociennes.

 

 

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On grimpe ensuite au premier ou les différents courants artistiques du 20e siècle sont assez bien représentés par Matisse, Duffy, Delaunay. Une petite salle aux deux imposantes colonnes sert de transition avec Monet et Degas pour la salle suivante aux plafonds à la française de l'ancien collège des jésuites. Là, c'est Bazille un autre enfant du pays, artiste-peintre qui dans les années 1860 se lia d'amitié avec  la bande de ceux que l'on appellera "impressionnistes" dont Renoir sera le chef de file suivi par Monet, Sisley et tant d'autres !.

 

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La guerre de 1870 mit fin à la vie de Bazille, emportant sa jeunesse à jamais !Il nous reste quand même de belles scènes bucoliques et des portraits gracieux dont une charmante jeune fille ! Le grand puits zénithal de la partie récente donne aux œuvres de Courbet un autre regard plus lumineux et moins grandiloquent.  Encore des peintres du coin dans la magnifique galerie qui permet de voir le bâtiment contemporain.

 

 

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Bon, moi, j'ai vite filé vers l'École de Paris, mes chouchous. Un véritable régal avec Bissière, de Staël, Poliakoff, Estève et une toile de notre bretonne nationale Geneviève Asse ! Un regard ému pour Deyrolle, Van Dongen et Hartung. La cerise sur le gâteau si l'on peut dire est pour la fin avec les deux salles Soulages dont une abrite la donation faite au musée comprenant des premières créations des années 50 aux fameux "noir-lumière" des années 90 ceux que je préfère.

 

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Tout cela fait beaucoup de choses à voir, à admirer et donne à réfléchir, on prend son temps, on se pose, et puis on fait la pause à L'insensé, la cantine du musée,  le temps de passer de "l'ancien" au "moderne" dans un décor comme j'aime c'est-à-dire épuré, simple. Un plat du jour aux saveurs méditerranéenes tout en finesse et subtilités, j'ai adoré ! j'en dis pas plus ! 

La boucle est bouclée, ouf, une journée à déambuler par les escaliers, les étages, les hollandais, les espagnols, les français, les italiens, à en prendre plein les mirettes pour les jours gris d'hiver.

Merci monsieur le baron vous avez fait du beau boulot ! Le résultat est magique !

 

 

 
 


30/09/2014
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