ICI, LÀ ET AILLEURS

ICI, LÀ ET AILLEURS

AVIGNON - Collection Lambert

Cet été dans mes pérégrinations hexagonales une exposition m'a époustouflé, et pour le faire,
il faut que le conservateur se lève tôt !

collection lambert.jpg

 

C'était en Avignon, la collection Lambert, riche de plus de 500 œuvres d'art a quitté provisoirement son musée afin de lifter l'ensemble et surtout de lui donner un cadre digne d'elle.

 

image_zoom-57483.jpg

 

Un projet voit le jour avec le souhait de conjuguer l'art contemporain au patrimoine existant. On le baptise La dispartion des lucioles en mémoire du célèbre texte de Pasolini publié dans les années 70 et qui accompagnera le visiteur tout au long du parcours l'histoire du lieu aux deux collections.

collection lambert4.jpgLa signalitique de chaque étage.
 

Mais oui, vous en avez vu forcément un soir d'été, il y a fort longtemps, car depuis l'agriculture intensive a eu leur peau, tous ces petits insectes s'étreignants amoureusement dans la nuit en minuscules étincelles jaunes provoquées par leurs délicieux petits prout !

 

collection lambert6.jpgLes portes des cellules à chaque étage sont d'une couleur différente.

 

Bon, pour en revenir à notre collection,  on la déménage début mai dans la prison Sainte-Anne juste derrière le Palais des papes. Abandonnés depuis 10 ans les bâtiments du 18e siècle commençaient à souffrir sérieusement, c'est un lieu bâtit pour l'enfermement, cas rare à l'époque, car la plupart  des prisons  sont d'anciens couvents et de plus, ici,  hommes et femmes cohabitent dans deux quartiers.

 

collection lambert2.jpg

 

Dés l'entrée le ton est donné par des policiers sans visage, figés pour une brève éternité, nouveaux cerbères de ce que qu'était ici l'enfer. Ils sont l'œuvre de Xavier Veilhan et d'emblée vous forcent à un certain respect ! Les cellules utilisées pour la collection sont restées en l'état, des lavabos sans vie, des graffs plus qu'explicites, des murs aux couleurs du temps. La rage, l'espoir, mais aussi le désespoir sans oublier l'amour ou le temps qui passe sont encore palpables.

 

PHO2aca6746-2886-11e4-975e-a3dfdd16c4d0-805x453.jpg

 

collection lambert5.jpg

 

On peu dire que c'est un parcours sous haute tension dans le dédale des couloirs délabrés et des étages silencieux ou les  cellules s'ouvrent sur une œuvre de la collection Lambert se mélangeant à celle d'Enea Righ, mécène bolonais.

Comme la petite luciole dans la nuit profonde, l'œuvre de l'artiste étincelle par sa densité dans le cachot lui donnant une lueur poétique. La nostalgie n'est pas loin, les sentiments de rebellion à portée de main. 

 

 

collection lambert3.jpgIl y avait aussi un orchestre ! 

 

 L'œuvre est là dans la nudité froide des quatre murs dans un face à face brûlant avec le passé. Plus de cris, de murmures ni de claquement de portes et de verrous qu'on ferme ou qu'on ouvre. Plus de pleurs et de bastonnades. 

 Dans chaque quartier, qu'il soit celui des hommes ou des femmes ce sera toujours une œuvre au féminin ou au masculin d'un artiste à la forte personnalité. On prête l'oreille, on croit entendre des pleurs, des murmures,  mais non, seulement une poupée pendue à un fil  de Niel Toroni ou les très inquiétants totems de Pascale Tayou ornés de plumes et de rubans pour vous donner le frisson.

collection lambert1.jpg

 

 

Dans le quartier des hommes, le trait de néon de Claude Lévèque traverse un couloir pour vous emmener vers une destination infernale sous les ballons argentés de Philippe Parrerro se bousculant vers une improbable sortie.

 

Plus loin, le bateau emprisonné de Kieffer vous donne des envies à prendre le large, hélas on est toujours dans l'enfermement nanvigant immobile dans un silence de plomb !


IMG_3225.jpg IMG_9868.JPG
ping.jpg
Kiefer, Pei-Ming et ????

Très émouvantes aussi les pierres en cercle de Richard Long pour nous rappeler les forçats d'un autre lieu sinistre que fut Cayenne.

Dans une succession de trois cellules, La mort de Marat en trois versions vue par Yan Pei-Ming mon chinois préféré !   

 

collection lambert8.jpg

Dans la cour, le merveilleux mobile de Miroslaw Balka donne une verticalité mouvante et légère à la petitesse du lieu.

Dans une cellule, le film bouleversant dédié à Marceline Loridan-Ivens qui fut comme beaucoup d'autres emprisonnée avec sa famille en 1944 avant son dernier voyage vers l'enfer d'Auschwitz, racontant la cruauté des matons, le viol évité et les chansons en l'honneur de Pétain et seules autorisées à être chantées !!

 

collection lambert7.jpg

 

C'est aussi les archives de la prison qui nous racontent une autre histoire. Les tenues bien pliées,les cahiers relatant l'état des lits et des vêtements, le nombre de stylos commandés et livrés, les petits calepins des gardiens…  les menus souvenirs  qui sont montrés en témoignage de cette portion de vie à jamais disparue et c'est tant mieux !

Un parcours envoûtant et passionnant, souvent violent à la limite du supportable. Et, quand on sort à l'air, libre et pensif on n'est plus dans la même logique des choses habituelles.

C'était la première fois que je pénétrais dans une prison même si elle était désaffectée, ce fut vraiment un choc que j'étais loin d'imaginer !

 
 
 
 


16/08/2014
3 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Voyages & tourisme pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 27 autres membres